"Réunissons les forces qui nous permettront d'obtenir des succès probants!"

Von Thomas Zeltner / Bundesamt für Gesundheit BAG

Chères lectrices,
Chers lecteurs,

C'est avec plaisir que je salue la parution de ce numéro spécial du "bulletin medicus mundi" consacré à la prévention du tabagisme. Il contribuera, je l'espère, à thématiser ce sujet important et à réunir les forces vives qui, dans ce pays, nous permettront d'obtenir des succès probants. Car force est de constater que, malgré une baisse minime de la consommation globale de cigarettes et une faible diminution de la prévalence des fumeurs adultes, des hypothèques considérables demeurent. L'augmentation de 70% du pourcentage de fumeurs observée au cours des cinq dernières années chez les jeunes de 15 à 19 ans est là pour nous le rappeler. Bien sûr, nous pourrions expliquer cette évolution du nombre de jeunes fumeurs en invoquant de nombreux facteurs: l'insécurité qu'ils ressentent face à leur avenir et le stress qui en découle, le recul de certaines valeurs fondamentales au sein de notre société, la tendance à la permissivité des parents et des adultes en général, ou encore des phénomènes de mode.

Tout ceci ne saurait cacher que certaines conditions-cadres (niveau de prix du paquet de cigarettes, présence dominante de la publicité pour le tabac, large disponibilité des produits du tabac, facilement accessibles à chacun) hypothèquent les résultats des mesures préventives. Ceci est dérangeant, surtout si l'on se rappelle que le tabac n'est pas un produit comme les autres: c'est en effet le seul produit de consommation courante qui peut tuer son utilisateur lorsque celui-ci l'utilise selon les indications du producteur!

Mais, à elle seule, la volonté de modifier ces conditions-cadres ne suffit pas. Il est indispensable de tenir compte de la volonté politique du moment. Celle-ci est influencée par de nombreux facteurs, et, parmi eux, plusieurs ont connu une évolution importante, en particulier au niveau international. Il suffit de citer la décision de l'Union européenne de bannir la publicité pour le tabac, l'accord concernant le dédommagement que plusieurs Etats américains ont obtenu des cigarettiers grâce à des poursuites judiciaires, ou encore la déclaration sans équivoque - "Tobacco is a killer" - du nouveau Directeur général de l'OMS, le Dr Gro Harlem Brundtland. En Suisse aussi, certains indices justifient un optimisme modéré. Par exemple, une nouvelle Commission fédérale pour la prévention du tabagisme a été nommée. Regroupant toutes les organisations spécialisées dans la prévention du tabagisme, elle conseillera la Confédération en proposant une stratégie de la prévention du tabagisme pour les années 2000-2005. De plus, plusieurs cantons ont adopté des dispositions visant à limiter le tabagisme passif, en particulier dans les cafés et restaurants.

Mais beaucoup reste à faire. Une politique d'information plus active permettra de thématiser sur la place publique le tabagisme et l'ensemble des problèmes qui lui sont associés. De nouveaux partenariats (avec certaines entreprises pharmaceutiques, des associations de protection des consommateurs, etc.) devront être conclus. Enfin, en s'unissant pour conjuguer leurs efforts, les responsables de la santé et les spécialistes de la prévention contribueront à renforcer la volonté politique indispensable à une modification des conditions-cadres. En l’occurrence, le corps médical joue un rôle particulier: d’une part il peut contribuer de façon importante à éviter l’apparition d’une dépendance tabagique, mais également soutenir les fumeurs dans leurs efforts de s’en sortir.

Persuadé que la contribution de nombreuses personnes et organisations permettra à la prévention du tabagisme de progresser, je vous présente, chères lectrices, chers lecteurs, mes salutations les meilleures.

Prof. Thomas Zeltner, Directeur de l’Office fédérale de la santé publique