Un programme santé de l’ONG Jura-Afrique

Le développement régional de Tanguiéta dans le Nord du Bénin

Von Gabriel Nusbaumer / Jura-Afrique

Le Centre de santé de la sous-préfecture de Tanguiéta dans la province de l’Atacora au Nord du Bénin a été soutenu de 1992 à 1994 par le projet de l’ONG Jura-Afrique, elle-même au bénéfice d’une aide financière de la Direction fédérale du Développement et de la Coopération DDC. Le but poursuivi est d’améliorer l’état de santé de la population par sa participation à travers le financement communautaire.

Le Centre de santé de Tanguiéta est un maillon périphérique du système béninois de santé. La sous-préfecture comprend en outre quatre centres communaux de santé qu’il faut améliorer et un dispensaire particulier. Chaque centre communal est géré par un comité de quatre à cinq membres. Un infirmier est responsable du centre communal de santé. Le programme du projet touche les activités de formation continue des médecins-chefs, formation continue des infirmiers et des sages-femmes diplômés, formation en soins curatifs des agents de santé (aides-soignants, matrones), formation des membres des comités de gestion des centres communaux de santé. Mis en place et formation des comités des unités villageoises de santé et des agents villageois de santé (secouristes).

Un hôpital privé, l’Hôpital St Jean de Dieu, est l’infrastructure hospitalière de référence. Cet hôpital de quelque 200 lits est jumelé avec l’Hôpital régional de Delémont.

Le projet de Jura-Afrique

Le programme suit une approche de développement communautaire multisectoriel et intégré à la base, c’est-à-dire visant les villages. Il se concentre sur un nombre d’objectifs généraux limités et prioritaires, bien ciblés :

Réalisation du centre de santé intégré, c’est-à-dire offrant des soins curatifs autant que préventif, promotionnel et de réhabilitation, sans limiter les activités à la seule médecine, mais dans le souci d’une vision globale de l’individu, d’où la collaboration multisectorielle. Le centre est situé à Tanguiéta même, lieu réel de la mise en œuvre des soins de santé primaires et pierre angulaire de l’édifice. Une équipe-cadre est formée d’un médecin, d’une sage-femme, d’un infirmier et d’un comptable. Elle a pour fonction la planification, la programmation, la formation et la supervision pour l’ensemble de la zone sanitaire.

Recherche de pérennisation du système par le cofinancement. Celui regroupe les apports respectifs de la communauté autochtone (75%), du budget national (16%) et de Jura-Afrique (9%). La gestion des ressources locales est assurée par la communauté elle-même (autogestion) par des comités de gestion.

Recherche d’un recouvrement des coûts du renouvellement des stocks de médicaments essentiels et de couverture de tous les autres frais de fonctionnement (essence et entretien des véhicules des infirmiers et infirmières et sages-femmes, pétrole des réfrigérateurs, salaire des aides-soignants, par exemple), au moyen des rentrées de la vente des médicaments (autofinancement) (environ 84%) et les recettes des prestations (environ 16%).

Le projet de Jura-Afrique prévoit des dépenses pour l’équivalent de 450'000 francs suisses répartis sur 3 ans 1992-1994. Jura-Afrique a engagé un médecin coordinateur de l’activité sur place. Son rôle est de conduire le projet avec la collaboration des instances locales de l’Etat. Il répond des charges d’investissement et d’exploitation liées au programme.

Bilan de quelques aspects particuliers du projet

Evaluations périodiques: Le financement communautaire est suivi chaque semestre de façon très rigoureuse par des inventaires très précis et des indicateurs élaborés. Un capital a été constitué dans certaines communes. Une étude est actuellement menée pour définir l’utilisation des réserves constituées sans porter préjudice au système.

Approvisionnement en médicaments des dispensaires: Aujourd’hui, l’approvisionnement des 5 dispensaires de la sous-préfecture de Tanguiéta est assuré. Le Centre communal de santé de Tanguiéta assure la gestion des stocks achetés à la pharmacie centrale du Bénin. La gestion se fait au moyen de cahiers statistiques et de comptabilité où sont portées dépenses et recettes.

Fréquentation des centres communaux de santé: Le taux de fréquentation annuel des dispensaires s’est régulièrement élevé de 1990 en 1997, passant d’un taux de 12% à 26%, soit un doublement en 8 ans.

Soins mère et enfant: Les consultations prénatales ont augmenté au cours des années. Le taux est passé de 42% en 1993 à 59% en 1997. Le taux est obtenu en rapportant les nouveaux cas au nombre théorique de grossesses attendues. En 1997, dans les cinq communes de la sous-préfecture, les taux s’étendent de 33% à 141%, ce dernier taux s’explique par le fait que le dispensaire est fréquenté par des patients qui proviennent de l'extérieur à l'aire géographique de la commune où est situé le dispensaire. Les accouchements assistés, c’est-à-dire ceux qui se déroulent dans le dispensaire, ne sont pas en rapport avec les consultations prénatales, ils sont beaucoup moins nombreux. Leurs taux se stabilise autour de 25% des naissances attendues dans la zone des trois sous-préfectures. Dans les cinq communes de la sous-préfecture de Tanguiéta il varie de 7 à 37% en 1997.

Le poids de la tradition est grand. Les mères accouchent à domicile. De plus, l’offre de soins manque de personnel féminin : dans la zone, 40% des maternités n’ont pas d’infirmière ni de sage-femme. Ceci explique les taux relativement bas des accouchements assistés. Quant aux consultations postnatales, elles sont en progression dans la zone sanitaire, passant de 15% en 1993 à 24% en 1997.

Programme élargi de vaccination: La couverture vaccinale est bonne dans la zone sanitaire de Tanguiéta, Cobly et Matéri. Par exemple, pour le vaccin contre la rougeole (VAR), la couverture s’est maintenue au-dessus de 80% durant ces cinq dernières années, atteignant 89% en 1997.

La couverture en soins est en constant progrès. Au moyen de quelques indicateurs, nous avons voulu montrer que l’évolution des indices de « soins » est favorable. Depuis la fin du programme lancé en 1992, soit 3 ans après, la bonne tenue des indices est le signe des effets durables du programme et du maintien de l’offre de soins.

A quoi attribuer la durabilité du projet?

Le fait qu’une offre de soins de santé primaire se maintienne dans la durée dépend des femmes et des hommes qui sont chargés d’en assurer la pérennité. Le niveau de formation, duquel découle des prestations de bonne qualité aux populations concernées, et le degré de satisfaction obtenue dans son travail sont les gages principaux de la réussite d’une entreprise de soins. Le rôle de l’Etat, de son Ministère de la santé et de ses services, est évidemment très important du point de vue institutionnel et financier. S’y ajoute bien entendu, la capacité économique et culturelle de cette population d’accéder à cette offre de soins. Le rôle de l'hôpital de Tanguiéta mériterait une analyse particulière sous l'angle de vue retenu ici.

Toutefois, si les facteurs endogènes de la pérennisation sont déterminants, nous osons croire que l’attention portée chaque année par le coordinateur des projets de Jura-Afrique sur place a permis de contribuer au maintien de l’offre de soins dans cette région. Vu les moyens exogènes modestes affectés au maintien du système de soins dans la sous-préfecture de Tanguiéta, il est permis de croire que le tout s’inscrit dans un concept de développement durable. Il permet aux femmes et aux hommes concernés de vivre dans la dignité sans porter préjudice aux générations futures. L’aspect écologique est une dimension sur laquelle le coordinateur de Jura-Afrique sur place porte beaucoup d’attention. En effet, l’environnement constitue le cadre dans lequel se développent durablement les communautés, il doit être préservé.

*Gabriel Nusbaumer est président de Jura-Afrique. Constituée en 1990, Jura-Afrique est une association privée. Son action touche la santé, l'alphabétisation, l'agriculture, le reboisement et les écoles. Elle est membre de Medicus Mundi Suisse et reconnue par la Direction fédérale du développement et de la coopération (DDC), la République et Canton du Jura et le Ministère de la santé béninois.