Les technologies numériques ne sont pas neutres

Les technologies numériques de santé peuvent offrir un potentiel de contribution important pour l’amélioration de la situation sanitaire, également dans les régions isolées de la planète. Mais elles peuvent aussi consolider les inégalités à travers le monde. Pour tenter de contrer ce phénomène, MMS est en train d’élaborer un cadre.

«Reconnaître que la technologie n’est ni apolitique ni anhistorique»: c’est le principe exprimé par le projet de cadre transnational «Digital Health in International Cooperation» (la santé numérique dans la coopération internationale). En cours de rédaction pour une publication prévue cet automne, ce document de Medicus Mundi procure une stratégie utile aux organisations actives dans la coopération internationale en matière de santé pour planifier et mettre en place des projets qui recourent aux technologies numériques. Le cadre part d’une base éthique et adaptée aux situations politiques. Il a pour but de mettre fin aux rapports de pouvoir et aux relations de dépendance qui existent dans le domaine de la coopération internationale.

Ne pas ignorer le potentiel technologique

Les technologies ont donc un caractère politique et historique? En principe, les technologies numériques offrent un potentiel énorme: l’accès des populations des régions isolées aux services de santé, une meilleure utilisation des données pour renforcer les systèmes sanitaires, assurer une prévention et des thérapies efficaces… Cependant, elles portent en elles des structures de pouvoir économiques, politiques et culturelles, consolidant ainsi les inégalités et les injustices. Les oublier, c’est ignorer leur potentiel.

Des schémas postcoloniaux

Selon l’idée perpétuée à travers l’histoire en Occident, les logiciels et le matériel produits dans nos pays développés sont considérés comme la clé du progrès technologique. Quand il est question du numérique, nous sommes incités à penser à Google, Apple ou Samsung. Ce sont les produits de ces marques que les ONG internationales ont dans leurs bagages pour rencontrer leurs partenaires des pays du Sud; ce sont eux qu’ils présentent comme les seules solutions efficaces.

Le cadre de MMS oppose à ce schéma postcolonial une approche «dé-centrée» («de-centered»): elle part de la diversité des besoins locaux pour s’appuyer sur des solutions technologiques adaptées aux capacités locales. Cette approche garantit également les droits des populations locales sur leurs données, sans que celles-ci soient renvoyées vers les centres du pouvoir pour alimenter une exploitation économique abusive.

Martin Leschhorn Strebel
Réseau Medicus Mundi Suisse

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